TsunamIA, édition spéciale : deux jours au RAISE Summit à chercher de l'IA qu'on maîtrise vraiment

    Portrait de Dimitri Foucault

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    TsunamIA, édition spéciale : deux jours au RAISE Summit à chercher de l'IA qu'on maîtrise vraiment

    Édition spéciale, RAISE Summit 2026, Carrousel du Louvre

    Salut les explorateurs de l’IA !

    Il y a un moment de ce RAISE Summit que je n’oublierai pas. Sur scène, une discussion sur l’IA open source, avec Arthur Mensch, le patron de Mistral, et Mark Surman, le président de Mozilla. Ils défendent justement l’idée qu’un modèle ouvert est plus fiable, qu’avec l’open source « on ne peut pas vous couper le courant ». Et à cet instant précis, le courant a sauté. Panne d’électricité sur la scène, micros coupés, ils ont continué presque dans le noir. Difficile de trouver meilleure métaphore de ce que je suis allé chercher pendant ces deux jours : de l’intelligence artificielle qu’on maîtrise vraiment, jusqu’à la prise de courant.

    Parce que derrière les paillettes du plus gros salon IA d’Europe, 9 000 personnes sous la pyramide, une question revenait de scène en scène : à qui appartient l’IA que vous utilisez, et que se passe-t-il le jour où l’autre bout du fil décide de couper ?

    La grande scène du RAISE Summit
    La grande scène du RAISE Summit

    Le déclic : la souveraineté, ce n’est pas l’isolement

    Le mot « souveraineté » traîne une réputation de repli sur soi. Sur place, tous les intervenants ont dit l’inverse. La formule qui a fait le tour des panels, signée Mohsen Moazami (ancien président International de la société de calcul Groq, aujourd’hui vice-président de DDN) : « la souveraineté, ce n’est pas l’isolement, c’est le contrôle ». Arthur Mensch l’a redite à sa façon : « la souveraineté, ce n’est pas la solitude ».

    Le déclencheur de toutes ces conversations, tout le monde le nomme : le « moment Anthropic ». En juin, Fable 5 et Claude ont été coupés pendant presque trois semaines sur décision de Washington. Du jour au lendemain, des entreprises européennes se sont retrouvées sans leur outil, sans recours. Ça a réveillé un réflexe simple : et si on avait un plan B ?

    La bonne nouvelle, c’est que ce plan B existe déjà, et qu’il commence à se vendre. La mauvaise, c’est qu’il faut savoir où regarder, parce que beaucoup d’acteurs américains ont appris à dire « souverain » sans l’être.


    Le panel qui a tout résumé : « Sovereign Stacks »

    Le panel Sovereign Stacks sur la scène Ada Lovelace
    Le panel Sovereign Stacks sur la scène Ada Lovelace

    L’idée la plus utile de tout le salon vient de ce panel : la souveraineté se pense couche par couche. Une IA, ce n’est pas un bloc, c’est un empilement : le data center, l’infrastructure et les puces, les modèles, puis vos applications. Et toutes les couches n’exigent pas le même niveau de maîtrise.

    Concrètement, pour vous : les visuels que votre marketing génère pour un post ne demandent pas la même rigueur que les données clients que votre service financier fait analyser. Le bon réflexe n’est pas « je mets tout en souverain », c’est « quelle donnée, à quelle couche, mérite quel niveau de contrôle ». Thomas Di Giacomo, patron technique de l’éditeur européen SUSE, le résume d’une phrase que je garde : « la souveraineté, pour moi, c’est un plan B, surtout pour l’infrastructure ».


    Ce que j’ai trouvé, couche par couche

    Le data center. Digital Realty, un des plus gros exploitants de data centers au monde, héberge désormais la capacité de calcul de Mistral à Paris. De l’IA française, sur des serveurs français : le cas le plus concret du salon. À côté, j’ai discuté longuement avec un fournisseur d’infrastructure « private AI » (du bare metal, une machine physique rien qu’à vous, un accès direct, la possibilité d’acheter vos propres cartes graphiques). Leur argument de confidentialité, c’est l’isolement physique, à l’opposé des serveurs partagés des géants du cloud. Ils ouvrent une présence européenne d’ici la fin de l’année. J’ai laissé mes coordonnées, je creuse et je vous en reparle.

    Le stockage. La punchline de Gleb Budman (Backblaze) mérite d’être encadrée : « les frais de sortie de vos données sont une taxe sur la souveraineté ». Autrement dit, une donnée bien rangée en Europe ne vous appartient vraiment que si la ressortir ne vous coûte pas un bras. C’est le genre de détail qu’on ne lit jamais dans une plaquette commerciale, et qui change tout le jour où vous voulez changer de fournisseur.

    Les modèles. C’est le terrain de Mistral. L’argument d’Arthur Mensch est imparable : un modèle ouvert, vous le téléchargez, vous l’adaptez, vous le faites tourner chez vous, et personne ne peut vous le retirer. NVIDIA pousse la même logique avec sa famille de modèles ouverts Nemotron, pensés pour que chaque pays bâtisse une IA alignée sur ses données et ses règles (un jeu de données français existe déjà). Le bémol à garder en tête : NVIDIA vend la souveraineté des modèles tout en gardant la main sur les puces qui les font tourner. La souveraineté des idées, pas encore celle de la prise.

    Les agents. Pour ceux qui construisent, deux pistes ouvertes et auto-hébergeables : SUSE côté infrastructure open source européenne, et Mastra, un cadre de développement d’agents que vous installez chez vous et branchez sur le modèle de votre choix. Rien qui vous enferme.


    La pause pratique : 4 questions avant de signer avec un fournisseur IA

    Pas besoin d’être une multinationale pour se protéger. Avant de confier vos données à un outil IA, quatre questions suffisent à trier le souverain du marketing :

    1. Où sont physiquement vos serveurs ? Pas « où est votre siège », où tournent les machines qui verront mes données.

    2. Qui les opère, et qui y a accès ? Un data center en Europe piloté par une équipe soumise à une loi étrangère n’est pas souverain. La vraie question, c’est l’opérateur.

    3. Combien coûte la sortie ? Si récupérer vos données pour partir ailleurs coûte cher, vous êtes captif. Demandez le prix de la porte de sortie avant d’entrer.

    4. Puis-je continuer sans vous ? Le modèle est-il ouvert, forkable, réversible ? Si la réponse est non, vous ne louez pas un outil, vous vous rendez dépendant.

    Ces quatre questions tiennent sur un post-it. Elles vous éviteront de découvrir le problème le jour où, comme en juin, quelqu’un décide de couper.


    Soyons honnêtes : l’autre côté de l’argument

    Je ne vais pas vous vendre l’open source auto-hébergé comme une solution magique. Sur un panel cyber, un spécialiste du test de modèles l’a rappelé sans détour : quand les poids d’un modèle sont ouverts, on peut en retirer tous les garde-fous en quelques heures. C’est le vrai contre-argument, et il faut le regarder en face.

    Deux autres points à mettre dans la balance. Le souverain coûte souvent plus cher : héberger et opérer soi-même un modèle, c’est du matériel, des compétences et du temps que le cloud d’un géant absorbe à votre place. Et la performance n’est pas toujours au rendez-vous, égaler les meilleurs labos frontière reste difficile. La nuance encourageante, c’est que l’écart se resserre vite : des modèles ouverts comme GLM 5.2 ou Kimi K3 montrent qu’on n’est plus très loin du sommet, et pour beaucoup d’usages d’entreprise, « assez proche » suffit largement.

    Deux nuances quand même, que le même intervenant a concédées. D’abord, l’open source a historiquement été plus sûr, pas moins : plus il y a d’yeux sur le code, plus vite les failles se corrigent. Ensuite, il reconnaissait qu’en Europe, beaucoup voient les restrictions américaines « plus comme un jeu de pouvoir que comme une vraie préoccupation de sécurité ». La souveraineté n’est pas qu’une affaire technique, c’est une affaire de confiance, et la confiance, ces derniers mois, a changé de camp.


    Mon verdict de terrain

    Ce que je retiens pour une PME ou un cabinet, concrètement, aujourd’hui :

    La souveraineté totale, sur toutes les couches, reste un sujet de banque et de défense. Vous n’en avez pas besoin. Ce dont vous avez besoin, c’est de deux choses simples et déjà disponibles : savoir où vont vos données sensibles (et refuser les fournisseurs incapables de répondre clairement), et garder une porte de sortie (un modèle ouvert de secours, un fournisseur qui ne vous rançonne pas à la sortie). Le reste, c’est du confort.

    Le plus frappant du salon, ce n’est pas la technologie, elle est prête. C’est que le déclic soit venu d’une panne, celle de juin. Comme la coupure de courant pendant ce panel sur l’open source : on ne pense à l’électricité que le jour où elle s’arrête. Autant y penser avant.


    Pour creuser le sujet

    Le récap complet du mois de juillet, hack de Hugging Face compris, est dans l’épisode #132 du podcast :

    Écouter TsunamIA sur Acast


    Pour conclure

    Deux jours à arpenter le Louvre pour une conviction simple : l’IA la plus utile n’est pas la plus puissante, c’est celle dont vous gardez la clé. On se retrouve la semaine prochaine pour le rythme normal.

    Restez curieux, gardez la main,

    Dimitri


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    TsunamIA est une marque propulsée par Intégralité Consulting.

    Publié initialement sur la newsletter TsunamIA sur Substack .

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